Jean-Pierre Bemba in court
qui est Jean-Pierre Bemba Gombo

Par Wakabi Wairagala

Cette semaine, un témoin, que les procureurs ont présenté comme ayant vécu avec Jean-Pierre Bemba, a apporté un témoignage qui semble démontrer que l’accusé de crimes de guerre exerçait un contrôle effectif sur ses soldats déployés lors du conflit ayant ravagé la République centrafricaine (RCA).

L’accusé, qui est jugé devant la Cour pénale internationale (CPI) depuis novembre dernier, affirme qu’il n’a jamais eu le contrôle de ses troupes lorsqu’elles étaient présentes dans le pays voisin et que, par conséquent, il ne pouvait être tenu responsable pour manquement présumé à arrêter ses soldats de commettre des viols, des meurtres et des pillages.

Le ‘‘témoin 213’’ a déclaré que M. Bemba possédait dans sa résidence un téléphone par satellite qu’il utilisait pour communiquer des ordres à ses commandants. Il a indiqué que le chef rebelle avait également un centre de communication situé à quelques mètres de sa résidence dans lequel des opérateurs recevaient, par le biais d’une radio, des rapports quotidiens sur les opérations effectuées en RCA entre 2002 et 2003.

Selon ce témoin, l’accusé recevait des rapports de la part des commandants du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) présents dans le pays voisin via des radios et des téléphones par satellite Thuraya. Il a indiqué que le colonel Mustafa Mukiza, qui commandait les troupes impliquées dans la campagne centrafricaine, « avaient soumis des rapports » à M. Bemba par le biais de ces canaux de communication.

En réponse à un de ces rapports, le témoin a déclaré avoir surpris M. Bemba donner des instructions au colonel Mukiza pour tuer quelqu’un. « Cela avait à voir avec une personne qui avait été arrêtée. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un civil ou d’un soldat », a précisé le témoin. Il s’est rappelé avoir entendu l’accusé déclarer, « Je n’ai pas besoin de cette personne », puis d’ordonner son exécution. La suite de l’interrogatoire par l’accusation sur cette question s’est déroulée à huis clos.

Le ‘‘témoin 213’’ a également affirmé qu’il y avait eu d’autres occasions au cours desquelles il avait entendu l’accusé donner des ordres par rapport aux opérations centrafricaines. « Parfois, il y avait de ordres pour progresser ou tenir des positions », a-t-il déclaré puis il a ajouté que « tous les ordres étaient exécutés » afin d’éviter des représailles.

Le ‘‘témoin 213’’ a également déclaré que les brigades et les bataillons du MLC présents dans le pays en conflit étaient équipés de postes de radio avec lesquels ils envoyaient et recevaient des rapports entre le front et le Congo. Il a précisé que M. Bemba avait « sa propre radio » dans sa résidence ainsi qu’un autre poste situé dans le bureau des opérations de la milice à « 10 mètres » de sa résidence.

En outre, le témoin a indiqué que l’accusé utilisait « souvent » la radio de sa maison et il utilisait celle du bureau des opérations uniquement lorsque les communications de sa propre radio échouaient. Selon le témoin, le bureau des opérations était « l’endroit où toutes les informations provenant des troupes sur le terrain étaient recueillies » puis réunies dans des rapports destinés à M. Bemba.

« Comment et sous quelle forme les opérateurs rédigeaient-ils les rapports ? », a demandé l’avocat de l’accusation Jean-Jacques Badibanga.

Le témoin a répondu, « Dans un cahier avant de le soumettre au président ». Il a poursuivi en indiquant que lorsque les combattants du MLC s’étaient retirés de la RCA, les cahiers des opérations et les registres de transmission avaient été rassemblés et emmenés à la résidence de M. Bemba.

Le ‘‘témoin 213’’ a également déclaré que des avions libyens apportaient des munitions de Tripoli à Gbadolite, la ville congolaise où les forces rebelles de M. Bemba avait leur quartier général. Les transporteurs étaient des Migs [un type d’avion de chasse russe].

Il a indiqué que les avions « étaient chargés à Gbadolite et décollaient de cet endroit vers la RCA ». Les Migs retournaient ensuite à Tripoli depuis la capitale centrafricaine Bangui.

« Suggérez-vous qu’ils étaient utilisés pour des raids aériens ? », a demandé l’avocat de la défense Peter Haynes.

« Oui », a répondu ce dernier. « Lorsque nous étions à Bangui, M. Bemba a demandé à Mustafa s’ils avaient le soutien des Migs et Mustafa a rétorqué qu’en effet, ils utilisaient les Migs pour bombarder ».

Le témoin a également décrit des incidents durant lesquels l’accusé avait rencontré ses combattants au Point Kilomètre 12 ou PK 12, près de Bangui, ainsi qu’au Point Kilomètre 22, à Bossembele et à Mongoumba.

« Il a parlé aux soldats qui étaient près de la route menant au Cameroun. Il les a félicités pour le travail qu’ils avaient accompli. Il a regonflé leur moral et leur a exprimé son soutien », a précisé le ‘‘témoin 213’’, qui témoignait avec une déformation numérique du visage et de la voix destinée au public afin de protéger son identité. Il a rappelé que l’accusé avait déclaré à ses troupes qu’il les surveillerait depuis sa base congolaise et « qu’il n’abandonnerait jamais ses soldats ».

Les lieux où le témoin avait indiqué que l’accusé s’était adressé à ses soldats figurent parmi les zones dans lesquelles les procureurs affirment que la milice de M. Bemba a perpétré des viols, des meurtres et des pillages.

Un témoin a déclaré aujourd’hui qu’il y avait plusieurs cadavres de civils le long des routes que Jean-Pierre Bemba avait empruntées pour visiter ses troupes engagées dans le conflit. Il a indiqué toutefois que l’accusé de crimes de guerre n’avait pas parlé des cadavres ou de la nécessité d’appliquer une discipline lorsqu’il s’était adressé à ses troupes.

« M. Bemba a-t-il fait des commentaires concernant la présence de ces cadavres le long de la route ? », a demandé M. Badibanga.

« Je ne l’ai pas entendu mentionner ces cadavres », a rétorqué le témoin. Il a répété que M. Bemba avait uniquement encouragé ses troupes et les avaient remercié pour le travail qu’elles effectuaient.

Le témoin n’a pu donner une estimation du nombre de cadavres qu’il avait vu. Il a indiqué qu’il y avait des corps de femmes et d’hommes. Ils portaient des habits civils et il n’y avait aucune arme à leurs côtés.

Le témoin a également déclaré que les biens volés par les troupes de M. Bemba et transportés au Congo étaient « à la disposition » des différentes unités présentes au sein du parti politique de l’accusé, le MLC.

« Avant qu’ils ne se rendent en RCA, ils n’avaient pas ces biens. Lorsqu’ils sont revenus, ils avaient tous ces biens », a précisé le témoin. Il a indiqué que les biens comprenaient des véhicules et des motos.

M. Bemba a nié avoir exercé un commandement et un contrôle effectifs sur ses troupes une fois que celles-ci avaient traversé la frontière congolaise, arguant qu’elles étaient ensuite passées sous le commandement des autorités congolaises. Ses combattants étaient présents dans ce pays pour aider le président de l’époque, Ange-Félix Patassé, à combattre une rébellion armée.

À l’époque où les troupes s’étaient rendues dans le pays voisin, elles appartenaient à un groupe rebelle luttant pour renverser le gouvernement congolais. Dans le cadre d’un accord de paix en 2003, M. Bemba était devenu un des vice-présidents congolais.

La défense poursuivra le contre-interrogatoire du ‘‘témoin 213’’ lundi matin.


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