Jean-Pierre Bemba in court
qui est Jean-Pierre Bemba Gombo

Par Wakabi Wairagala

Un ancien conseiller du défunt président Ange-Félix Patassé a défendu les combattants de Jean-Pierre Bemba, indiquant qu’ils protégeaient les civils qui étaient déplacés lors de la tentative de coup d’état de 2001 qui a eu lieu en République centrafricaine (RCA).

Le témoin, qui se présentait à la barre sous un pseudonyme dans le procès de M. Bemba qui se tient devant la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré que les civils centrafricains étaient heureux de la protection qu’ils recevaient de la part des combattants de l’accusé. En outre, le ‘‘témoin D04-57’’ a affirmé que le général François Bozizé, l’actuel président de la RCA qui avait renversé M. Patassé en mars 2003, avait des citoyens congolais au sein de ses forces rebelles.

Le témoin n’a pas précisé quel poste il occupait mais a indiqué qu’il était un membre de haut rang des forces de sécurité pendant le régime de M. Patassé. « Le président m’a envoyé à ainsi que d’autres personnes dans les montagnes. Ils étaient heureux, ils étaient satisfaits », a déclaré le témoin au sujet des civils placés sous la protection des troupes du Mouvement pour la libération du Congo (MLC). Cela se passait en 2001, lors de la tentative de coup d’état contre M. Patassé.

Le ‘‘témoin D04-57’’ a indiqué que les troupes congolaises déployées en RCA d’octobre 2002 à mars 2003, la période pendant laquelle les crimes pour lesquels M. Bemba est poursuivi ont été commis, étaient passées sous le commandement des autorités centrafricaines.

Il a également témoigné que, lors d’une visite du pays en conflit, M. Bemba avait ordonné à ses combattants d’obéir à l’autorité de ces commandants, que le témoin a nommé comme étant le chef d’état-major de l’armée de la RCA, à savoir le général André Mazzi, le chef de la garde présidentielle, à savoir le général Ferdinand Bombayake et le colonel Thierry Lengbe, le coordinateur du centre qui dirigeait les opérations contre les insurgés. Il a déclaré que le général Bombayake et le colonel Lengbe étaient présents lorsque M. Bemba s’était adressé à ses soldats.

Selon le témoin, le 25 octobre 2002, les soldats menés par M. Bozizé, qui avait été renvoyé de son poste de chef d’état-major de l’armée de M. Patassé, avaient envahi plusieurs banlieues de la capitale Bangui lors d’une tentative de s’emparer du pouvoir. Ils avaient occupé les banlieues de Boy-Rabé, du PK 12, de Gobongo, du 4e arrondissement, du 8e arrondissement et la route menant à Damara.

Le témoin a indiqué que ce n’était que lorsque le MLC était arrivé dans ces zones, le 30 octobre et le 1er novembre 2002, que les rebelles avaient été repoussés.

Dans les rangs des combattants de M. Bozizé figuraient de nombreux déserteurs de l’armée centrafricaine, des « mercenaires du Tchad » et « quelques congolais qui venaient à Bangui », que le témoin a indiqué avoir été recrutés par M. Bozizé.

L’avocat de la défense Aimé Kilolo-Musamba a demandé quelle était la langue parlée par les soldats combattant avec le général Bozizé.

« Certains parlaient sango. D’autres parlaient tchadien et d’autres encore lingala », a répondu le témoin. Le sango est une langue centrafricaine largement parlée à Bangui alors que le lingala est une langue originaire de la République démocratique du Congo, la plus parlée dans ce pays.

Le ‘‘témoin D04-57’’ a expliqué qu’il avait ces connaissances car il occupait un poste à responsabilités et que des informateurs lui avaient transmis des renseignements. « J’ai envoyé des gens pour recueillir des renseignements même parmi ceux qui suivaient M. Bozizé, », a-t’il ajouté.

M. Bemba est jugé devant la CPI pour manquement présumé à discipliner ses soldats qui ont commis des actes de violence sur des civils centrafricains lors du conflit qui a ravagé la RCA. Il a nié les trois crimes de guerre et les deux crimes contre l’humanité pour lesquels il est poursuivi.

La déposition du ‘‘témoin D04-57’’ jette un doute sur l’identité des auteurs des crimes puisqu’il a affirmé que des locuteurs de lingala étaient présents dans les rangs des rebelles de M. Bozizé. Les témoins précédents ont déclaré que les auteurs parlaient lingala, ce qui les distinguait comme étant des membres de la milice de M. Bemba.

De plus, le témoin a indiqué que les combattants de M. Bemba étaient arrivés sur le territoire centrafricain au plus tôt le 30 octobre 2002, cinq jours après que les rebelles de M. Bozizé aient occupé plusieurs banlieues de Bangui. Les procureurs ont appelé des témoins qui ont témoigné sur des crimes commis dans ces zones avant cette date et ont affirmé que les auteurs étaient les soldats du MLC.

Le témoin d’aujourd’hui a déclaré avoir appris l’arrivée des troupes congolaises sur un talkie-walkie et s’être rendu sur la rive du fleuve pour les accueillir. Les armes, les uniformes, les munitions et les allocations des soldats pour acheter de la nourriture et d’autres nécessités étaient fournis aux troupes étrangères par l’armée centrafricaine. Il a également indiqué que les commandants de M. Bemba dans le pays en conflit avaient reçu des téléphones satellite Thuraya qu’ils utilisaient pour communiquer avec les trois commandants centrafricains auxquels ils faisaient des rapports.

Le ‘‘témoin D04-57’’ a déclaré, qu’en 2008, il avait rencontré les fonctionnaires de la CPI qui l’avaient interrogé sur le conflit mais qu’il ne savait pas pourquoi ils ne l’avaient pas appelé à comparaître. La réunion avait eu lieu dans une capitale européenne où il vivait en exil. « Ils ont pris ma déclaration et ils n’ont rien dit d’autre. Je ne connais même pas leurs noms », a-t il ajouté. « Ils ne m’ont même pas donné une copie de la déclaration que j’avais faite ».

Le procès se poursuivra demain matin avec le contre-interrogatoire du ‘‘témoin D04-57’’ mené par l’accusation.

 


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