Jean-Pierre Bemba in court
qui est Jean-Pierre Bemba Gombo

Par Wakabi Wairagala

D’après le témoignage entendu aujourd’hui, les troupes du chef d’opposition congolais Jean-Pierre Bemba ont violé collectivement des femmes dans un ferry qui les transportaient vers la République centrafricaine (RCA).

Cyprien-Francis Ossibouyen, le technicien qui gérait le ferry d’état qui traversait la rivière Oubangui, a indiqué à la Cour qu’il avait été témoin d’un deuxième viol collectif à la base navale.

Il a raconté comment 22 soldats armés du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) avaient traité les femmes centrafricaines « comme des animaux ».

Les soldats étaient arrivés au port de la capitale centrafricaine Bangui accompagnés de huit femmes, la plus âgée ayant, selon le témoin, autour de 60 ans. Il a précisé que la plus jeune devait avoir 13 ans.

Les soldats avaient ordonné à M. Ossibouyen de les transporter sur la rivière vers la ville de Zongo en République démocratique du Congo (RDC). Cependant, lorsqu’il avait informé les soldats qu’il n’avait pas la clef permettant de démarrer le ferry, les troupes avaient forcé les femmes à monter sur le ferry tout en leur donnant des coups de pied et les frappant avec la crosse de leurs fusils.

« Ces femmes étaient terrorisées, elles portaient des blessures sur leurs corps », s’est rappelé le témoin. « Certaines n’avaient plus leurs habits, elles étaient nues ».

« Les hommes de la milice avaient enlevé leurs sous-vêtements et soutien-gorges à ces [femmes] puis avaient ouvert leur braguette. Dès qu’un homme avait fini, il se levait et un autre venait et couchait avec cette même femme », a raconté M.Ossibouyen.

Il a poursuivi : « Ces choses épouvantables se sont déroulées l’après-midi. Le soleil était encore haut. Je n’avais pas besoin d’une lampe torche pour voir ce que se passait. Cela m’a vraiment bouleversé ».

Le témoin s’est écroulé pendant son témoignage, entraînant un arrêt momentané de l’audience.

Les soldats congolais avaient indiqué au témoin qu’ils avaient enlevé les femmes dans une banlieue de Bangui, Boy-Rabé.

M. Ossibouyen, qui se présente également devant la Cour sous le nom de ‘‘témoin 47’’, a déclaré hier que pendant 19 jours consécutifs, à compter d’octobre 2002, il avait transporté des soldats du MLC depuis leur base congolaise de Zongo vers Bangui. Il a précisé qu’à certaines occasions, il avait transporté M. Bemba.

M. Bemba est jugé devant la Cour pénale internationale (CPI) pour manquement à arrêter et punir ses troupes du MLC qu’il commandait alors qu’elles commettaient des actes de violence sur des civils centrafricains entre octobre 2002 et mars 2003. Il est accusé de deux crimes contre l’humanité (viol et meurtre) et de trois crimes de guerre (viol, meurtre et pillage).

Aujourd’hui, le témoin a affirmé qu’il avait assisté, une deuxième fois, au viol collectif de femmes centrafricaines par des soldats du MLC dans une base navale située à 100 mètres du lieu d’amarrage du ferry. Il a déclaré que le groupe comprenait entre 25 et 30 soldats arrivés à la base avec un groupe d’environ huit à douze femmes « jeunes et âgées » qu’ils avaient ensuite violées.

« Une jeune fille appelait son père : Papa, papa, où est-tu ? Une autre hurlait : Je suis morte », a raconté le témoin.

Il a indiqué que, comme le groupe de femmes qui avaient été violées collectivement, les femmes qui avaient été agressées à la base navale avaient été enlevées par des combattants du MLC lorsqu’ils avaient fait un raid sur un secteur de Bangui.

« Que ressentiez-vous en assistant à ces actes ? », a demandé le substitut du procureur Eric Iverson.

« Je ressentais de la peur, de la panique, de la frustration et j’avais honte également. Mais devant ces femmes, je ne voulais pas montrer ma faiblesse », a répondu le témoin.

« Une fois l’acte commis, les femmes étaient laissées pleurant et appelant à l’aide. J’ai pu réconforter deux d’entre elles », a-t-il déclaré. Les femmes lui avaient dit que les soldats les avaient enlevées dans le quatrième district de la banlieue PK 12.

L’accusation poursuivra son interrogatoire de M. Ossibouyen lundi matin.


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